Ouverture des négociations : les pays vulnérables montrent la voie

Introduction

Alors que 785 000 marcheurs se sont mobilisés samedi et dimanche dans le monde entier, pour appeler à sauver le climat, la COP21 a officiellement démarré lundi avec l’arrivée de 150 chefs d’Etat sur le site de Paris-Le Bourget. Cette première journée a été marquée par l’appel unanime des dirigeants du monde à agir pour la planète. Le secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, a déclaré que « Paris doit marquer un véritable tournant. Nous devons aller plus loin et plus vite que les engagements déjà pris » , tandis que le président de la République, François Hollande, a appelé à la signature d’un « accord universel, différencié et contraignant”. Le président américain, Barack Obama, a de son côté garanti « un accord élevé, avec des objectifs réhaussés régulièrement, qui tiendront compte des distinctions et des progrès de chacune de nos nations”. Mais ce sont les nations les plus vulnérables qui se sont démarquées, en signant une déclaration en faveur de 100% de renouvelables en 2050, une décarbonation totale de l’économie globale et une hausse de la température moyenne limitée à +1,5°C. Une forte dynamique s’est également exprimée au travers d’initiatives formées par des dirigeants, telles que l’Alliance internationale pour le solaire du Premier ministre indien Modi. Enfin, la mobilisation des acteurs non-étatiques s’est de nouveau manifestée avec l’officialisation de la Breakthrough Energy Coalition présidée par le milliardaire américain Bill Gates et réunissant 28 investisseursprivés qui s’engagent à investir plusieurs milliards de dollars pour accélérer la R&D dans le domaine des énergies propres. Les négociateurs doivent maintenant s’emparer des discours inspirants de leurs chefs d’Etat pour produire un accord à même d’accélérer la transition vers un avenir 100%  renouvelable en rédusiant la pauvreté et en protégeant les populations vulnérables des impacts du changement climatique.

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A faire

Points clés

  • Les chefs d’Etat ont occupé le devant de la scène mais les plus vulnérables leur ont volé la vedette. Le Climate Vulnerable Forum – qui rassemble les pays les plus vulnérables des Philippines au Soudan, de Ethiopie au Bangladesh, ont fait preuve de leadership sur le climat en lançant un appel à 100% d’énergies renouvelables en 2050, rejoignant ainsi d’autres économies importantes telles que le G7 dans le soutien à une décarbonation totale de l’économie mondiale. Les dirigeants des pays développés ont admis aujourd’hui leur responsabilité dans le déréglement climatique et promis un soutien financier aux pays en voie de développement. « Les pays développés doivent assumer leur responsabilité historique, les pays émergents accélérer leur transition énergétique et les pays en développement doivent être accompagnés dans leur adaptation aux impacts climatiques », a déclaré François Hollande dans son discours d’inauguration de la COP21. Les pays émergents – Chine et Inde en tête – on rappelé que la mobilisation financière des pays du Nord en faveur des pays du Sud est une condition sine qua non pour que les délégués puissent aboutir à un accord le 11 décembre. Pour cela, il faudra enfin réunir les 100 milliards de dollars par an promis à Copenhague (à partir de 2020), mais aussi organiser les transferts technologiques, abonder le Fonds vert pour le Climat, financer le Fonds d’adaptation et enfin celui à destination des pays les moins développés.
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  • Les secteurs public et privé ont pris des engagements sans précédent pour accélérer le développement des renouvelables, aider les plus pauvres à réduire leurs émissions et limiter le risque climatique. François Hollande et le Premier ministre indien Narendra Modi ont conjointement lancé l’Alliance Solaire internationale, réunissant plus de 120 pays, pour fédérer les efforts des pays en développement pour attirer les investissements et les technologies dans ce secteur et développer cette énergie. Parallèlement, quelque 28 hommes d’affaires internationaux, à la suite de Bill Gates, se sont engagés à investir plusieurs milliards dans les énergies renouvelables. Un nouveau fonds de la Banque mondiale doté à terme de 500 M$, soutenu par l’Allemagne, la Norvège, la Suède et la Suisse, doit aider les pays en développement à réduire leurs émissions. La question d’un prix du carbone, permettant de rentabiliser des investissements favorables au climat et notamment les énergies renouvelables, a également occupé les discours dès aujourd’hui, même si l’accord ne devrait pas porter sur ce point là. Une soixantaine de pays, régions ou villes ont déjà instauré un système fixant un prix aux émissions de dioxyde de carbone afin de lutter contre le réchauffement climatique.
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  • Soutenus par une mobilisation citoyenne sans précédent et une forte dynamique politique, les négociateurs ont toutes les cartes en main pour finaliser un accord ambitieux. Malgré les attentats récents et la déclaration de l’état d’urgence sur tout le territoire français qui ont perturbé la tenue d’événements citoyens en France, la Marche Mondiale pour le Climat du week-end dernier a battu tous les records et est devenue la plus grande mobilisation pour le climat de l’Histoire avec 785 000 marcheurs dénombrés au sein de 2300 évènements dans 175 pays ! À Paris, Avaaz a collecté et installé plus de 20 000 chaussures données par les citoyens “empêchés” sur la place de la République, dont celles du Pape et de Ban ki-Moon. Une chaîne humaine a réuni 10 000 personnes le long du parcours initialement prévu. Au premier jour de la COP, une pétition signée par 3,6 personnes a été remise aux dirigeants. La mobilisation se poursuit tout au long de la COP21 avec plus de 300 événements maintenus en France et la présence sur le site de Paris-Le Bourget des principales associations environnementales.

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Première journée de négociation

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Citations :

  • « Malgré les discours inspirés prononcés par les dirigeant-e-s mondiaux aujourd’hui à l’ouverture de la COP21, leurs négociateurs n’ont pas reçus de mandat clair sur les problèmes politiques à résoudre pour arriver à un accord qui réponde au défi climatique. Plus de financements doivent être mis sur la table si l’on veut à Paris un accord permettant aux populations les plus vulnérables de s’adapter et de se protéger face aux conséquences du changement climatique. Des engagements plus élevés sur la réduction des émissions sont aussi attendus. Chaque pays doit faire davantage d’efforts mais les pays riches doivent montrer le chemin et regarder au-delà de 2020. Certes, les deux prochaines semaines s’annoncent difficiles mais les négociateurs et leurs gouvernements doivent le savoir : des millions de citoyens ont les yeux rivés sur eux et attendent d’eux des résultats à la hauteur de leurs engagements.” Romain Benicchio, porte-parole d’Oxfam France

  • “En bref, l’accord de Paris doit accélérer la transition énergétique qui est en marche grâce au développement des énergies renouvelables, aux engagements pris par le monde économique et à la mobilisation des villes, des territoires et des citoyens. Le monde est prêt à avancer. Alors que des centaines de manifestations ont réuni des milliers de personnes dans le monde ce weekend, les gouvernements peuvent se sentir soutenus et aller de l’avant. Les choses sérieuses commencent maintenant. » – Samantha Smith, directrice de l’Initiative mondiale Climat et Énergie du WWF

  • Hier, c’est l’Inde qui a fait l’annonce la plus forte et pouvant changer la donne en présentant ses plans pour une nouvelle alliance solaire capable de donner accès aux plus démunis à l’énergie solaire. Cette collaboration, qui devrait inclure près de 100 pays et impacter des milliards de personnes, prouve bien que l’on peut à la fois lutter contre le changement climatique et la pauvreté.” – Samantha Smith, directrice de l’Initiative mondiale Climat et Énergie du WWF

  • « Plus important encore, nous avons entendu de la part des chefs d’Etats des paroles fortes et claires rappelant les attentes des pays les plus vulnérables aux impacts du changement climatique doivent être au cœur de l’accord sur lequel la COP21 devra aboutir. Pratiquement tous les pays en développement ont souligné que la question de l’équité et de justice seront des points clefs pour débloquer le processus de négociation qui doit mener à l’accord ». – Samantha Smith, directrice de l’Initiative mondiale Climat et Énergie du WWF
  • “François Hollande a très bien rappelé les grands enjeux de la lutte contre le changement climatique dans son discours. Plus important, il a ainsi lui-même donné les paramètres qui permettront de juger du succès de l’accord : La nécessité de contenir le réchauffement en dessous de 1.5 ou 2 degrés au plus, la révision régulière  à la hausse des objectifs de réduction des émissions et l’importance de soutenir financièrement les populations les plus vulnérables. Ce sont sur ces critères que nous pourrons juger l’accord qui sera signé à Paris. » – Romain Benicchio, porte-parole d’Oxfam France
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  • “Mesdames et Messieurs les délégués, les yeux du monde sont sur Paris depuis des semaines. Maintenant, ils sont sur vous, pas seulement au sens figuré, mais littéralement. Vous avez la possibilité, en fait, vous avez la responsabilité, de finaliser un accord qui permet d’atteindre des objectifs nationaux relatifs au changement climatique, qui fournit le soutien nécessaire au monde en développement et qui catalyse l’action, sans cesse croissante, de tous” – Christiana Figueres, Secrétaire exécutive UNFCCC
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  • “Nous devons faire savoir à la planète que nous nous dirigeons vers un avenir sobre en carbone, que nous serons résilients face aux changements climatiques et que nous ne ferons pas demi-tour. Les plans nationaux sur le climat présentés par plus de 180 pays couvrent près de 100 pour cent des émissions à l’échelle mondiale. Ceci est un bon début. Mais il va falloir aller beaucoup plus loin et beaucoup plus vite, si nous voulons maintenir la hausse des températures sous la barre des 2 degrés Celsius. Les données scientifiques sont claires. Même une hausse de 2 degrés aurait des conséquences graves sur la sécurité alimentaire et hydrique, la stabilité économique et la paix internationale. C’est pourquoi nous devons, ici à Paris, conclure un accord universel et cohérent“ – Ban Ki-Moon, secrétaire générales des Nations Unies.
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  • “L’enjeu est trop important, et la menace climatique trop grande, pour que nous puissions nous contenter d’un accord a minima. C’est cette voix de l’ambition que les chefs d’État et de gouvernement venus à Paris feront entendre.” – Laurent Fabius, président de la COP21
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  • « Les bons sentiments, les déclarations d’intention ne suffiront pas. Nous sommes au bord d’un point de rupture. Nous allons décider en quelques jours pour quelques décennies. Le plus grand danger n’est pas que notre but soit trop élevé et que nous le manquions, le plus grand danger est qu’il soit trop bas et que nous l’atteignions. » – François Hollande, président de la France
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  • « Nous savons que nous sommes à une croisée des chemins. Nous savons que les êtres humains sont responsables des dérèglements climatiques (…) Nous sommes la première génération à avoir déclenché le changement climatique, mais nous sommes peut-être la dernière à pouvoir faire quelque chose. En tant qu’une des premières économies du monde, je suis tout à fait conscient que nous sommes à la source du problème » – Barack Obama, Président des Etats-Unis

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