Sponsors de la COP21 : le loup dans la bergerie

Introduction

Alors que la 21è conférence des parties sur le climat (COP21) débute dans moins d’une semaine à Paris, les critiques s’intensifient concernant les entreprises qui s’impliquent dans les négociations climatiques, pour mieux les saboter. Les ONG environnementales dénoncent depuis le mois de mai, déjà, le choix de sponsors qu’elles jugent plus que suspects pour financer une partie de la conférence qui se tiendra pendant 12 jours au Bourget. Trois d’entre eux – EDF, Engie (ex GDF Suez) et BNP Paribas – sont d’ailleurs nominés des prochains Prix Pinocchio, qui récompensent chaque année “les pires entreprises climaticides”. Et pour cause : avec Suez (ex.Suez Environnement), ces trois entreprises détiennent 46 centrales à charbon et sont également impliquées dans l’exploitation des sables bitumineux au Canada ou des gaz de schiste au Royaume-Uni. Mais un récent rapport publié par Corporate Accountability International va plus loin, en pointant vingt années de sabotage des négociations climatiques orchestrée par les nombreux soutiens aux énergies fossiles au niveau international mais aussi national. Pour sécuriser la COP21, la seule solution serait donc d’exclure les entreprises climaticides des négociations, comme les défenseurs du tabac l’ont été des négociations sur la santé.

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Points clés

  • Flagrant délit de greenwashing et conflit d’intérêt – Outre la liste des sponsors, c’est tout le processus des négociations climatiques de l’Onu qui est inflitré de longue date par des acteurs économiques dont l’activité n’est pas compatible avec la survie de la planète. Nombre d’entre eux ont accès aux négociations au travers d’associations professionnelles ou en intégrant les délégations nationales de certains pays, alors que les représentants de la société civile, eux, n’ont même pas accès au statut d’observateur. En plus de verdir leur image à peu de frais, ces acteurs mettent directement en danger le consensus nécessaire à un accord international.
  • Le précédent du tabac – Difficile aujourd’hui de démanteler les réseaux d’influence tissés par des dizaines d’entreprises climaticides à tous les niveaux de nos sociétés. Une solution logique serait cependant d’exclure ces acteurs des négociations climatiques internationales : lors de la COP21, de la COP22 et des prochaines…. Il y a des décennies que les entreprises du tabac ne participent plus aux négociations sur la santé et cela paraît tout à fait logique. Il y a un non-sens profond à laisser s’asseoir à la table des négociation des acteurs climaticides alors qu’il y a urgence à sauver le climat.
  • Le mouvement de désinvestissement des énergies fossiles s’accentue malgré tout La pression populaire, ajoutée à des considérations purement économiques, continuent malgré tout d’avoir un effet sans précédent sur le financement des énergies fossiles, en chute libre. Le désinvestissement des énergies fossiles a passé le cap des 2600 milliards de dollars au mois de septembre. A la veille de la COP21, le premier assureur mondial Allianz mais aussi les principales banques françaises se sont engagés à se désinvestir – tout ou partie – du charbon et 13 multinationales américaines ont annoncé un investissement cumulé de 140 milliards de dollars (127 Mds€) en faveur d’une économie bas carbone.

Documentation

Rapports:

Sites institutionnels

Décryptage

Presse :

Communiqués de presse :

Citations

  • “Le gouvernement offre sur un plateau et à très bon prix la possibilité à des multinationales climaticides de verdir leur image alors que l’intérêt général nécessite de ne pas polluer les négociations sur le changement climatique avec les intérêts particuliers que ces entreprises représentent. Confierait-on la lutte contre le tabagisme aux cigarettiers ? Pourquoi le fait-on alors pour le climat ?” – Maxime Combes, Attac France
  • “ On ne peut pas négocier un accord sur le climat avec ceux qui sont responsables du changement climatique : les Etats doivent écouter les intérêts des citoyens, et non les intérêts privés des lobbies et des multinationales. “ – Pascoe Sabido, Corporate Europe Observatory
  • “Mettre la conférence climat la plus importante de notre décennie sous le patronage d’entreprises climato-incompatibles n’est pas de bon augure” – Malika Peyraut, Les Amis de la Terre
     
  • “Les sponsors de la COP21 (notamment EDF et Engie – ex GDF-Suez) investissent aujourd’hui dans les causes de la crise climatique, pas dans les solutions. En particulier, ils possèdent des centrales au charbon à l’étranger, émettant autant de gaz à effet de serre que près de la moitié des émissions de CO2 des Français ! Aujourd’hui, Engie produit 95 % de son énergie dans le monde non pas à partir des énergies renouvelables mais à partir d’énergies sales et risquées. Le gouvernement n’a donc pas choisi les champions de la transition énergétique. Si ces entreprises ne changent pas radicalement leurs pratiques avant la COP21, alors elles n’ont aucune raison d’être sponsors de l’événement. Ce serait du greenwashing fait avec la complicité du gouvernement” – Célia Gautier, Réseau Action Climat

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