Protéger le climat pour capitaliser sur 50 ans de progrès dans la santé

Introduction

Le changement climatique représente une “urgence médicale” mais s’y attaquer pourrait en revanche constituer la meilleure opportunité du XXIème siècle en termes de santé. C’est le message délivré par The Lancet, la publication sur la santé la plus respectée et la plus lue au monde, qui a participé la semaine dernière à une conférence organisée à Paris sous l’égide du Ministère de la santé sur les liens entre santé et changement climatique et publie aujourd’hui un rapport spécifique sur ce sujet. Cette étude, qui fait suite à un premier rapport de 2009 dans lequel la Commission Lancet décrivait le changement climatique comme “la plus grande menace du XXIème siècle sur la santé publique”, rappelle que celle-ci est telle qu’elle pourrait réduire à néant les progrès de santé publique et de développement réalisés au cours des 50 dernières années. Mais l’opportunité est à la mesure de la menace et l’étude souligne que la plupart des politiques climatiques ne présentent que des avantages. En s’attaquant au changement climatique, on réduit également les risques de maladie, on améliore la résilience, on limite les effets de la pauvreté et on s’attaque aux inégalités. En choisissant d’investir dans des sources d’énergie renouvelables plutôt que dans des énergies fossiles, les gouvernements réduiront bien sûr la menace climatique tout en améliorant la qualité de l’air et en réduisant les maladies respiratoires et cardiovasculaires. Mais ils apporteront aussi leur soutien à des technologies qui ont prouvé leur capacité à améliorer les conditions d’existence des plus pauvres plus rapidement et à meilleur marché que le charbon. Le rapport souligne la nécessité de sortir rapidement du charbon en remplaçant les 2200 centrales en construction par des énergies renouvelables et d’investir plus massivement dans la recherche sur le changement climatique et la santé. Confirmant que seules les énergies renouvelables peuvent garantir une croissance à long terme et l’accès à l’énergie, la Commission plaide aussi pour un financement plus large des systèmes de santé résilients au changement climatique et recommande la mise en place d’un mécanisme international fixant un prix du carbone, l’accélération de l’accès aux énergies renouvelables et la transition vers des villes plus vertes, plus propres et plus saines. Composée de chercheurs de multiples disciplines venus des secteurs de la santé, du climat, de l’économie, la Commission ajoute sa voix à celle des scientifiques, des dirigeants d’entreprises, des économistes, des investisseurs, des syndicats, des jeunes, des leaders spirituels, qui appellent à la fin des énergies fossiles et à un avenir reposant sur des énergies propres.

Tweet

RT @TheLancet Threat to health from #climatechange cd undermine 50yrs of #globalhealth gains #ClimateHealth http://bit.ly/1FZU7It

Points clés

  • Le changement climatique représente une urgence médicale qui pourrait réduire à néant les progrès de santé publique et de développement réalisés au cours des 50 dernières années. Dans un rapport critique de la Commission du Lancet sur la santé et le changement climatique, les chercheurs soulignent que des températures en hausse, des régimes de pluies en mutation et des événements climatiques extrêmes de plus en plus fréquents se produisent déjà dans le monde entier et affectent en priorité les plus pauvres et les plus vulnérables. D’autres conséquences du changement climatique telles que la pollution de l’air, l’expansion de certaines maladies, l’insécurité alimentaire et la malnutrition, le manque d’eau, des migrations plus importantes, des conflits et des troubles sociaux devraient peser de plus en plus sur la santé humaine.
  • La Commission du Lancet le dit clairement : l’action climatique offre la meilleure opportunité du XXIeme siècle en matière de santé. La plupart des politiques climatiques ne présentent que des avantages. Le Lancet souligne la nécessité de sortir rapidement du charbon pour réduire la menace climatique et améliorer la qualité de l’air, appelant au remplacement des 2200 centrales à charbon en construction par des énergies renouvelables et à la fin des subventions aux énergies fossiles. Confirmant que seules les énergies renouvelables peuvent garantir une croissance à long terme et l’accès à l’énergie, la Commission plaide aussi pour un financement plus large des systèmes de santé résilients au changement climatique et recommande la mise en place d’un mécanisme international fixant un prix du carbone et l’accélération de l’accès aux énergies renouvelables.
  • Les professionnels de santé sont les derniers porte-paroles de poids à rejoindre l’appel à l’action climatique. Comme dans le cas d’autres menaces sur la santé comme le tabac, le SIDA ou la poliomyélite, la communauté médicale est bien placée pour rassembler des acteurs contre le changement climatique et offrir un visage humain à la crise. Le rapport de la commission Lancet arrive juste après l’appel à l’action lancé par le pape François et ajoute sa voix au chœur des dirigeants de tous secteurs, notamment les scientifiques, les dirigeants d’entreprises, les économistes, les syndicats et les jeunes, qui appellent à  la sortie des énergies fossiles et à un avenir reposant sur les énergies renouvelables. C’est une manifestation d’un engagement croissant à quelques mois des négociations sur le climat de Paris en décembre prochain.

Contexte

La Commission liste 10 recommandations pour les 5 années à venir :

  1. Investir dans la recherche sur le changement climatique et la santé publique, la veille et la surveillance afin de mieux comprendre les besoins en matière d’adaptation et les co-bénéfices potentiels de l’atténuation au niveau local et national
  2. Accroître les financements destinés à rendre les systèmes de santé résiliants au changement climatique au niveau mondial, notamment dans les pays à revenu faible et intermédiaire avec le soutien des pays donateurs
  3. Protéger la santé cardiovasculaire et respiratoire en éliminant rapidement le charbon du mix énergétique mondial
  4. Encourager la transition vers des villes susceptibles de soutenir et de promouvoir des styles de vie sains pour les individus et pour la planète (efficacité énergétique des bâtiments, transports, espaces verts)
  5. Etablir un cadre pour donner un prix au carbone au niveau international selon un mécanisme robuste et prévisible
  6. Développer rapidement les énergies renouvelables dans les pays à revenu faible et intermédiaire, et ainsi assurer aux population et aux infrastructures de santé publique un accès régulier à l’électricité
  7. Quantifier de façon précise les bénéfices liés à l’amélioration de la santé publique, à la réduction des dépenses de santé et à l’augmentation de la productivité économique.
  8. Faciliter la collaboration entre les ministères de la santé et les autres ministères et agences publiques, soutenir les professionnels de santé et intégrer étroitement les enjeux climatiques et de santé publique dans les stratégies nationales (notamment en ce qui concerne la déforestation, la perte de biodiversité et l’acidification des océans).
  9. Adopter et mettre en oeuvre un accord international permettant de soutenir la transition vers une économie « bas carbone”. Si les négociations sont complexes, leurs buts sont simples : s’accorder sur des objectifs d’atténuation ambitieux et réalisables, sur le financement de l’adaptation afin de protéger le droit des pays au développement durable, et sur les politiques et mécanismes permettant de mettre en oeuvre ces mesures. Dans cette optique, la réduction des émissions de gaz à effet de serre est une responsabilité partagée : priorité doit être donnée aux initiatives permettant le plus efficacement de réduire les émissions et de promouvoir la santé publique, indépendamment des frontières nationales.

Pour contribuer à conduire cette transition, la “2015 Lancet Commission” sur la Santé et le Changement Climatique s’emploiera à :

  1. Développer une nouvelle initiative indépendante, “Countdown to 2030: Global Health and Climate Action”, afin d’étudier la mise en oeuvre de politiques permettant d’atténuer le changement climatique et de promouvoir la santé publique, et d’évaluer la progression d’une série d’indicateurs au cours des 15 prochaines années (rapport publié tous les deux ans par le Lancet)

Documentation

Actualité

Rapports et liens utiles

Videos

Schémas 

Citations

  • “ Globalement, 88% de la population mondiale respire un air qui n’est pas conforme aux recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Cela est en partie dû à la pauvreté et à la privation de l’accès à une énergie propre, mais résulte aussi de choix politiques. Les impacts de la pollution de l’air ne sont pas reflétés par le prix des carburants qui la provoquent, et se paient en vies humaines et en dépenses de santé publique.”  – Margaret Chan, directrice générale de l’OMS
  • “Ce nouveau rapport de la Commission du Lancet, créée en 2005 sur le changement climatique et la santé est un plaidoyer vibrant et fortement documenté (53 pages) visant à interpeler les décideurs pour qu’ils apportent des solutions politiques pour protéger la santé publique. Les auteurs estiment que les projections des effets du changement climatique, qui sont déjà perceptibles aujourd’hui, représentent un risque majeur (« potentiellement catastrophique ») pour la santé. Ils exhortent les pouvoirs publics à s’attaquer au problème, voyant les bénéfices attendus comme une opportunité majeure pour la santé globale dans le siècle à venir. Ils énoncent dix recommandations pour les 5 ans à venir, à destination des gouvernements. Parmi celles-là, la Commission préconise l’abandon définitif du charbon du portefeuille énergétique à l’échelle mondiale (ce qui va à l’encontre des politiques énergétiques actuelles de nombreux Etats, y compris européens). La Commission demande un meilleur accès aux énergies renouvelables des pays à revenus faibles et moyens. Elle réclame aussi la mise en place d’un système de tarification du carbone.  La Commission, enfin – son dixième commandement – a décidé de créer un nouveau compte-à-rebours qui courra jusqu’en 2030, et qui publiera d’ici-là et tous les deux ans, une série d’indicateurs concernant la santé globale et le changement climatique. Cela permettra de mesurer les progrès réalisés dans le monde dans la mise en œuvre des politiques de lutte contre le changement climatique et en faveur de la santé publique.” – Professeur Antoine Flahault, Université de Genève
  • “La Commission Lancet en déduit que la répartition de la population et la structure démographique ne seront plus les mêmes au prochain siècle et que davantage de personnes seront donc en danger. Cela souligne la nécessité d’agir d’urgence pour réduire les émissions de gaz à effet de serre afin de protéger la santé. En tant que médecins nous pouvons aider le public et les décideurs politiques à mieux comprendre les implications sanitaires des changements climatiques. Nous sommes en mesure d’expliquer comment les risques émergents associés aux changements climatiques  ont une répercussion sur la santé individuelle et collective. Nous pouvons aider le public à mieux appréhender toute la portée du problème et contribuer à des réponses pertinentes et complètes. J’espère que les gouvernements dans le monde prendront maintenant au sérieux les propositions d’action énoncées dans ce rapport et notamment celle d’un « processus de compte à rebours 2030 » pour suivre les progrès au cours des 15 prochaines années.” – Dr Xavier Deau, Président de l’Association Médicale Mondiale
  • Avec ce nouveau rapport, les chefs d’Etat et de gouvernement qui participent dans les négociations de Paris auront l’évidence nécessaire pour soutenir un accord ambitieux, un éloignement rapide des combustibles fossiles, et un chemin de décarbonisation qui va augmenter la santé de leurs citoyens. Les médecins, infirmières et groups de pression qui travaillent sur l’asthme, la santé du cœur, le diabète, et l’obésité vont avoir un nouveau outil important pour amplifier leur travail de prévention et pour s’impliquer dans les activités sur le climat.Genon K. Jensen, Fondatrice et directrice générale, Health and Environment Alliance (HEAL)
  • “Climate change has the potential to reverse the health gains from economic development that have been made in recent decades – not just through the direct effects on health from a changing and more unstable climate, but through indirect means such as increased migration and reduced social stability.  However, our analysis clearly shows that by tackling climate change, we can also benefit health, and tackling climate change in fact represents one of the greatest opportunities to benefit human health for generations to come.” – Professor Anthony Costello, Commission co-Chair and Director of the University College London (UCL) Institute for Global Health
  • “Climate Change is a medical emergency. It thus demands an emergency response, using the technologies available right now. Under such circumstances, no doctor would consider a series of annual case discussions and aspirations adequate, yet this is exactly how the global response to climate change is proceeding.” – Professor Hugh Montgomery, Commission co-Chair and Director of the UCL Institute for Human Health and Performance
  • “The health community has responded to many grave threats to health in the past. It took on entrenched interests such as the tobacco industry, and led the fight against HIV/AIDS.  Now is the time for us to lead the way in responding to another great threat to human and environmental health of our generation.” – Peng Gong, Commission co-Chair and professor at Tsinghua University, Beijing, China
  • “This shows how people, especially the poorest and most marginalised, are threatened from all sides by the gathering pace of climate change. The evidence of the damage climate change wreaks on people’s respiratory, cardiovascular and mental health and how it increases the threat of infectious diseases is truly frightening. Future generations are at risk too – 25 million more under-fives are set to be malnourished by 2050 because of climate change. Rapid action to tackle global emissions and help communities adapt is crucial to reduce the threats of ill-health, hunger and additional hardship. Rich countries can and should make substantial cuts to their emissions by phasing out coal and by providing the funding that developing countries need to cope with climate change. » – Mohga Kamal-Yanni, Oxfam’s senior health policy advisor
  • “In the long run, Climate Change is one of the world’s most serious problems, with the potential to undo many of the gains in public health of the last 50 years.  Actions to deal with it need to begin immediately, but effective global agreement has so far proven impossible to reach.  The Lancet Commission Report highlights the connections between climate change and health, which range from long term and global to the short term and local.  Dealing with the latter offers governments a route to dealing with the former even in the absence of global agreements. Among other things, this may be a partial explanation for the recent downturn in coal consumption in China, one of the more optimistic developments of the last year.” – Professor Bob Lowe, Lancet Commission author, and the director of the UCL Energy Institute

Alertes sur le même sujet

Plus de tweets

  • MT@Minist_Sante Réchauffement climatique affecte directement  rendements des récoltes et sécurité alimentaire  http://ow.ly/OwuZ3
  • MT @Minist_Sante Selon @WHO changements climatiques favorisent apparition encéphalite à tiques, maladie de Lyme, paludisme, Chikungunya..
  • MT@Minist_Sante Réchauffement climatique augmente périodes de pollinisation (+10 jours en 30 ans en Europe) et favorise allergies pollens