Après Bonn, les négociateurs priés de presser le pas à six mois de la COP21

Introduction

Sur fond de dynamique en faveur de l’action climatique parmi les citoyens, les entreprises et les politiques, la dernière session des négociations sous l’égide de l’ONU se sont achevées à Bonn jeudi dernier. Des progrès vers un accord de poids à Paris y ont été observés mais la pression pèse sur les négociateurs pour accélérer le pas dans les prochains mois. Une annonce historique du G7 signalant la fin des énergies fossiles, la décision du fonds norvégien souverain de sortir du charbon ou encore la promesse faite par Ikea de consacrer 1 Mds€ au climat sont autant de preuves que les acteurs de l’économie et certains dirigeants politiques comme Angela Merkel comprennent ce qui se joue à Paris. Mais des négociations critiquées pour leur lenteur et leur incapacité à esquisser l’ébauche d’un texte pour l’accord de Paris ont montré que ces réalités peinent à pénétrer les sessions de négociations, et que certains pays n’ont pas encore pris la mesure de ces signaux extérieurs. Certaines choses ont progressé ces deux dernières semaines : les gouvernements se sont engagés à des mesures de réductions de leurs émissions plus ambitieuses et immédiates pour les cinq prochaines années, et  des avancées significatives ont été faites concernant REDD+, le mécanisme onusien de protection des forêts. Le texte des négociations a également été réorganisé et affiné, et les co-présidents ont reçu un feu vert pour travailler à une version plus compacte encore d’ici la prochaine session des discussions au mois d’août. Les négociateurs vont ainsi pouvoir aborder les sujets épineux, et notamment s’assurer  que l’accord de Paris est financé, qu’il protège les communautés les plus vulnérables et qu’il prévoit un mécanisme permettant de réviser les ambitions au fur et à mesure. Les gouvernements doivent maintenant accélérer leurs progrès et prendre les décisions courageuses qui s’imposent pour garantir une action internationale historique contre le changement climatique. C’est le message  que leur adressent les dirigeants d’entreprises, les investisseurs, les groupes religieux, les jeunes, les syndicats et les citoyens dans un même mouvement pour un avenir tournant le dos aux énergies fossiles et reposant sur les énergies renouvelables : “La transition vers un monde bas-carbone prend de l’ampleur. Les Etats peuvent choisir de surfer sur cette vague ou de se laisser emporter.

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A faire

Points clés

  • Dans les enceintes des négociations, la lenteur des discussions à Bonn montre que certains pays n’ont pas encore pris la mesure des signaux venant du monde extérieur. Les négociateurs ont passé les deux dernières semaines à réorganiser et nettoyer le texte en vue de l’accord de Paris mais il leur reste à s’attaquer aux négociations sur des sujets clés. Pendant ce temps, un appel lancé par plus de 100 pays vulnérables pour maintenir la température en dessous des 1,5 DegC a été bloqué. Les gouvernements sont sous pression pour presser le pas et bâtir un accord allant au-delà des engagements actuels, dont les scientifiques préviennent qu’ils entraîneraient des déréglements climatiques dévastateurs pour les communautés vulnérables et pour les droits humains.
  • En Afrique, le Maroc et l’Ethiopie ont montré qu’ils étaient prêts à prendre la tête du mouvement. Ces deux pays ont profité des discussions de Bonn pour soumettre des plans d‘action nationaux ambitieux : le Maroc s’est engagé à une réduction de 32% de ses émissions et l’Ethiopie de 64%, à condition que les pays riches fournissent le soutien qu’ils ont promis. Leurs efforts contrastent avec ceux, nettement plus modestes, de pays tels que les Canada, le Japon ou la Corée du Sud, qui pourraient passer à côté des nombreux co-bénéfices d’une transition vers les énergies renouvelables tels que la création d’emplois, une meilleure santé publique et la sécurité énergétique.
  • Lors de la dernière session de discussions à Bonn, les gouvernements ont été priés de progresser plus rapidement dans les prochains mois. De façon unanime, les pays ont donné mandat aux co-présidents des négociations pour produire un draft de l’accord plus compact et proposer les premières pistes d’un package couvrant la finance, l’atténuation, les pertes et dommages…Les négociateurs ont également proposé des réductions plus ambitieuses et immédiates pour les cinq prochaines années, un élément fondamental de l’accord de Paris, et poussé une avancée sur REDD+, le mécanisme onusien de protection des forêts.
  • Les gouvernements ont le choix : écouter cet appel à l’action climatique de plus en plus puissant ou faire les mauvais choix. Les investisseurs, les groupes religieux, les jeunes, les syndicats et les citoyens appellent d’une même voix à agir pour le climat, et lors du Business & Climate Summit à Paris en mai,  6,5 millions d’entreprises ont également appelé à cette transition vers un monde bas-carbone. D’ici quelques jours, le Pape devrait ajouter sa voix à celle d’autres leaders religieux en soulignant l’impératif moral d’une action en faveur du climat, et la principale publication sur la santé, the Lancet, publiera un rapport sur l’effet dévastateur de la pollution due aux énergies fossiles et au changement climatique sur la santé publique. Comme le démontrent les sondages qui s’enchaînent, les opinions publiques du monde entier veulent voir s’accélérer la transition vers les énergies renouvelables.

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Rapports et liens utiles

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Citations clés

  • “La réalité, c’est que les progrès doivent être beaucoup plus rapides pour les négociations sur l’après 2020, que nous devons accélérer ce que nous faisons déjà, que nous ne pouvons pas ignorer les effets du changement climatique qui frappent déjà partout dans le monde et que les solutions, qu’il s’agisse des  énergies renouvelables dont les prix s’effondrent ou des transports bas-carbone, sont déjà là et ne demandent qu’à être développées à plus grande échelle.  » – Jaco du Toit,  responsable du changement climatique, WWF
  • « L’arrière garde des énergies fossiles devrait prendre garde aux signaux venus du G20 et de dirigeants d’entreprises progressistes. Les négociateurs devraient en faire de même et progresser plus rapidement lors des prochaines réunions, informelles ou formelles. L’accord de Paris devrait accélérer la sortie des énergies fossiles et prévoir la révision tous les cinq ans des nouveaux engagements des pays les plus émetteurs, afin d’atteindre 100% d’énergies renouvelables à l’horizon 2050. »  – Martin Kaiser, en charge des politiques climat à l’international, Greenpeace
  • « Les négociateurs ont évité l’échec sur les sujets délicats comme la finance ou la nécessité d’augmenter les ambitions de réductions des émissions à court terme, maid ils ne font que repousser l’inévitable. Il faut que les chefs d’Etat et les ministres donnent un mandat plus clair pour que ces discussions soient entamées et que des réponses soient apportées aux questions clés.  Des événements comme le  sommet sur le financement du développement à Addis Abeba, l’Assemblée générale des Nations Unies à New York ou le G20 en Turquie sont de parfaites occasions d’envoyer des messages politiques de haut niveau. Les dirigeants politiques doivent donner le cap sur la façon de gérer les engagements de réduction actuels inadéquats mais aussi sur le soutien financier qui doit être apporté aux pays et aux populations les plus vulnérables. »  – Jan Kowalzig, conseiller sur les politiques climat, Oxfam

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